Halte aux romanciers preneurs d’otage ! Laissez les enfants vivre ou
cessez en tout cas de les faire souffrir dans vos livres !
Jetons un regard objectif sur une des évolutions du polar ces dernières
années. Plus c’est glauque, plus ça marche.
N’y voyez là aucun fatalisme ni moralisme. Votre serviteur, au milieu des
nombreuses louanges qui lui ont été faites pour son premier roman vient d’être affublé du même adjectif péjoratif : GLAUQUE. Je tiens à prévenir mes futurs lecteurs sur mon futur livre qui
sera, peut-être, avec un peu de chance, dans un futur pas si lointain, achevé et possiblement publié que le même adjectif conviendra pour quelques scènes bien précises…
Ceci dit, jamais, oh grand jamais, je ne mettrai les enfants en scène,
humiliés, maltraités… Là aussi certains auteurs nous décrivent moult détails dont ils auraient bien pu se passer sur le sort des tristes enfants pris en otage par des ravisseurs fictifs et par
des créateurs bien réels.
J’entends déjà certains m’accuser d’être un bien-penseur, un moralisateur…
Dans la vraie vie, me dira-t-on, il y a bel et bien des enfants pris en otage eux aussi, torturés. Certes, et quand bien même (e capöé comme on dit chez moi à Rumilly), supportez-vous qu’un
romancier, même célèbre, décrive les souffrances ressenties par ces doux êtres fragiles comme les appelaient Hugo (Melancholia) ? Personnellement non.
Et pourtant ça marche ! Prenez par exemple en 2005 Franck Thilliez
La chambre des morts, salué unanimement par tous les critiques. La petite Eléonore meurt comme tous les autres enfants retenus par la Bête. Je cite : « L’estomac retourné, la
fillette ralentit. Des grattements… Elle percevait des grattements. Là, partout autour, on creusait ». Quelques lignes plus tard la petite succombe. Et encore, ce passage ne contient pas
vraiment de détails réellement sordides mais quand même : l’enfant n’est-il pas ici ramené au rang d’objet ? Le romancier ne s’en sert-il pas comme d’un appât sur le
lecteur ?
Il y a pire. Prenons l’exemple de détails scatologiques énumérés avec très
peu de grâce par Marin Ledun et son Modus Operandi (2007). C’est nauséeux à souhait. Je ne vous en citerai donc aucun extrait.
Ce serait ainsi une bonne idée de ne plus mêler les enfants aux sales
histoires des adultes. Un pendu à une église c’est certes glauque mais ça le sera toujours moins qu’un enfant affamé, apeuré, retenu dans une
cave ! Alors laissons-vivre les enfants, libérés de leurs geôliers en tout genre…
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