Dimanche 18 novembre 2007
Aujourd'hui je ne vous parlerai pas de littérature, je n'en ai vraiment pas le coeur !
Mardi 20 novembre aura lieu une énième grève : celle de toute la fonction publique. Vous me direz : ah encore une !
Cela fait deux ans que je n’ai pas fait grève et je ne ferai pas celle-là pour le plaisir. En effet, des
sections au sein de notre lycée sont menacées et à plus long terme le lycée tout entier. Ce n’est pas une rumeur puisque le proviseur est venu de lui-même nous l’expliquer.
Voyez-vous, pour supprimer 11000 postes à travers tout le pays, il va bien falloir bien amincir la bête...
Cela a commencé gentiment, cela va se poursuivre d’une manière plus accentuée. Petit à petit, il est prévu purement et simplement de supprimer le BEP et généraliser le bac pro en trois
ans. Si le bac pro en trois ans est possible dans certaines sections il n’est pas adapté pour les publics les plus en difficultés. Comment vont faire ces derniers ? Le BEP est certes un
modeste trophée, mais s’il est supprimé beaucoup sortiront sans diplôme, BEAUCOUP… Que feront-ils ?
L’apprentissage ne pourra pas tous les prendre, nous avons des publics dits « difficiles ». Des jeunes arrivent, écorchés vifs mais repartent
responsables et autonomes, en tout cas pour quelques-uns. Lorsque votre voiture brûlera en dessous de chez vous ou lorsque vous maudirez une fois de plus les incivilités, délinquances et autres,
n’oubliez pas : ce n’est pas forcément le prof d’anglais ou celui de math qui n’ont pas fait correctement leur métier mais plutôt cette saloperie de système gestionnaire de l’éducation
nationale qui bousille tous les efforts des enseignants.
Que signifie que des postes soient supprimés ? Auparavant les 1000 points attribués pour carte scolaire
permettait à l’enseignant concerné de demander un poste « honorable ». Ces points étaient là en quelque sorte pour le « dédommager ». Mais si de nombreux postes sont supprimés
où va-t-on les placer ? La réponse, quelques-uns l’ont trouvée : un prof de math en lycée professionnel peut très bien enseigner aussi en collège. Les personnes qui ont proposeés cela
n’ont, bien sûr, pour la plupart, jamais enseigné quoi que ce soit. Alors en plus des quelques heures qui vous restent de votre poste, monsieur, vous irez enseigner les maths à des 5èmes. Cela ne
vous posera aucun problème, vous devrez juste parcourir quelques kilomètres en plus, reconstruire vos habitudes au sein d’un établissement. Rien d’embétant n’est-ce pas ? Lorsque l’on
s’investit à fond pendant des années dans un travail il est normal que l’on vous déplace comme un pion, que l’on vous demande de RAYONNER, même si vous êtes sur plusieurs établissements : le
lundi à votre lycée, le mardi à votre collège et pourquoi pas le jeudi à l’école primaire pendant qu’on y est !
J’entends déjà certains dire : tu en rajoutes, tu n’es sûr de rien. Sauf que je suis sûr d’une
chose : beaucoup de TZR, Titulaire en Zone de Remplacement, c’est-à-dire des gens qui ont le concours d’enseignant mais qui jouent les bouches-trous, parfois dans plusieurs établissements
(en même temps ou sur l’année), connaissent déjà le phénomène évoqué : prof de français en lycée professionnel et parfois prof de français en collège. Cela se fait depuis plusieurs années
dans l’indifférence générale…
Comment voulez-vous, après ça, rester motivé, souriant et poli ? Et la reconnaissance dans tout
ça ? L’éducation n’est évoquée que dans sa forme globale, aucun politique ne va au fond des choses ni ne prend en compte les particularités de chaque enseignement : une classe de
seconde électrotechnique et une seonde générale option scientifique c’est la même chose ? 30 élèves dans la première c’est possible ? Les gestionnaires vous diront une fois de plus que
oui, que c’est bon pour les finances. Les enseignants se plaindront.
Voilà pourquoi je ferai grève mardi. Cette affaire est sans doute loin d’être terminée !
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